Jazz in Marciac, un festival, une histoire, un site internet
L'été se termine et un de nos clients cette année a encore réussi son coup : faire venir les meilleurs artistes de la scène jazz et d’ailleurs, des dizaines de milliers de spectateurs enthousiastes dans un petit village perdu du Gers à la frontière avec les Hautes-Pyrénées. Je parle bien sur du festival Jazz in Marciac.
Un festival pas comme les autres
Le festival a été créé en 1978 par des amateurs passionnés, après un concert marquant de Bill Coleman, et il s'est rapidement imposé comme l'un des festivals de jazz les plus importants d'Europe.
Marciac a ensuite attiré des artistes renommés : Wynton Marsalis, Ray Charles, Norah Jones, Chick Corea, Herbie Hancock, Nina Simone…
Aujourd’hui sa programmation se distingue par son excellence et son ouverture à des styles cousins comme le blues, la world music et le latin jazz, ce qui renforce son attractivité. Cette ouverture est un point clé d’un style musical désormais historique.
Venir à Marciac c'est une expérience : c'est loin mais c'est beau comme disait un grand comique d'État. Et c’est bien là ce qui fait son identité : pour venir à Marciac il faut le vouloir. L’ambiance festive mais sereine reflète ce postulat : les gens sont heureux d’être là, et à en croire Frédéric Gendre, chargé de la communication du Festival, beaucoup sont des habitués, des fidèles qui reviennent chaque année.
Le festival réunit chaque été près de 200 000 visiteurs et dynamise l'économie locale, transformant totalement Marciac et le Gers rural.
Après quelques recherches, j’ai trouvé qu’en 2019, les retombées économiques directes et indirectes du festival étaient estimées à 20 millions d’euros pour le territoire. Ainsi les commerçants locaux réalisent jusqu’à 50% de leur chiffre d’affaires annuel pendant le festival, avec des restaurants, hôtels, campings, boutiques et prestataires de services qui affichent complet durant plusieurs semaines. Le village se transforme en une vaste foire. Des navettes relient les villes alentour permettant de venir depuis Tarbes par exemple.
Quand Marciac rencontre Minit-L
En 2021 les festival choisit Minit-L pour la refonte de son site internet. L’objectif est ambitieux puisqu’il s’agit de créer une nouvelle identité visuelle sur internet, un outil de communication efficace et bien sur qui permette de réserver en ligne.
Nous avons déjà l’expérience de projets qui ont cette notion de “saison” notamment avec le site de l’Opéra national de Paris ainsi que le Théâtre national de la Colline.
Pour Jazz in Marciac il y a cette problématique : avant, pendant et après le festival.
La réservation en ligne ? On connaît bien. L’identité visuelle ? C’est notre cheval de bataille pour une communication pérenne de qualité. Le Jazz ? Je vous raconte.
Je suis très heureux de travailler sur ce projet, outre que cela correspond parfaitement à l’expertise de Minit-l et à son secteur d’activité, la culture, c’est pour des raisons personnelles : j’adore le jazz (et le blues autant) découvert quand j’étais un jeune étudiant en art.
Dans le mémoire technique que nous rendons pour l’appel d’offres, je raconte un peu ma vie : pour le concours d’entrée à l'Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs il faut faire un dossier de travaux. Parmi ceux-ci , je vais réaliser une affiche imaginaire pour un concert de Charles Mingus. Pour le contexte historique, on est en 1995 et je n’ai jamais touché un ordinateur de ma vie, internet n’existe pas. Je bidouille donc une affiche à la main : encres, lettrages maison, transparents. Le résultat est… ce qu’il est. En tout je suis rentré aux Arts Déco !
Vingt ans plus tard et quelques semaines après avoir été sélectionné par le festival pour refaire leur site, nous rencontrons à Paris dans les locaux de Minit-L une partie de l’équipe. Et on reparle de cette affiche, ils veulent la voir ! Après quelques recherches dans de vieux cartons à dessins, je la retrouve et on rigole bien.
Concevoir un site dans un contexte de crise
La conception du site va se faire dans un climat particulier, celui de la menace grandissante du Covid. D’une légère inquiétude au début, puis la possibilité envisagée de limiter le nombre de spectateurs, puis enfin l’annulation du festival. Gros coup dur qui met la réalisation du site en suspens. On décide cependant de continuer. Toute l’agence se met en télétravail, chacun vient récupérer son ordi, des écrans pour continuer à travailler chez lui. Atmosphère de fin du monde.
Je vais travailler quasi seul sur les maquettes du site chez moi, cela me fait replonger dans ma période free lance. Les enfants tournent en rond, les interdictions de sortir de chez soi s’accentuent, la liberté s’envole très vite. Dans ce contexte, cela parait un peu surréaliste de travailler sur le site d’un festival annulé, mais les responsables de Jazz in Marciac rebondissent et souhaitent proposer une édition en ligne, sur le nouveau site internet. Cela nous donne une échéance et un objectif, dans ce contexte c'est très appréciable.
A ce moment je réalise que c’est une vraie leçon et je comprends pourquoi nous aimons l’art, que ce soit visuel ou musical : il donne un sens à notre vie tout simplement, c’est indispensable.
Construire une identité qui accueille des singularités
Les maquettes graphiques proposées pour la refonte rencontrent un très bon accueil et je vais pouvoir affiner les versions au fur et à mesure avec beaucoup de bienveillance de la part de l’équipe de Marciac. La couleur originelle des maquettes est dans les teintes bleutées avec des touches de rose. Très Blue Note. Je cherche de l’élégance, un écrin avec de la rondeur et aussi une homogénéité visuelle. Je sais que c’est un enjeu fort pour les lieux de spectacle, ils risquent d’être passés en arrière-plan face à des visuels fournis par les artistes ou les maisons de disque. Cette homogénéité colorée est la réponse à ce risque : toute la programmation est plongée dans le bain de couleurs du festival.
On imagine que celles-ci vont pouvoir évoluer dans le temps. L’idée qui se met en place est la suivante : on travaille sur une gamme colorée par édition qui rappelle les couleurs de l’affiche. Le développement du site va s’adapter à ce principe. Ainsi avant chaque nouvelle édition nous faisons des essais avec différents codes hexadécimaux en pré-prod jusqu’à trouver la bonne combinaison coloré. C’est une solution efficace pour signifier la mise en ligne de la nouvelle édition et qui est économique.
Validation sur le terrain
Cet été nous avons enfin pu enfin aller à Marciac pendant le festival et assister aux concerts, mieux comprendre les lieux, sentir l’atmosphère dans le village avec le off sur la place et la foule autour, les restaurants et boutiques, l’immense tente ou se font une partie des concerts. C’est un moment suspendu, une bulle de musique au milieu de la campagne… Ok je valide donc mon design !
La communication digitale pour les festivals et le spectacle vivant
Les festivals et lieux culturels, notamment dans le spectacle vivant, doivent aujourd’hui penser leur site comme une extension vivante de leur identité artistique, leur site internet est l’occasion de démontrer cette identité.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux standardisent dangereusement la communication. Ce moule imposé lisse les arêtes, gomme les traits saillants… bref, tout ce qui fait la singularité d’un lieu culturel et le rend désirable.
Notre travail avec Jazz in Marciac illustre ce que j’aime dans notre métier : créer des identités digitales qui vivent au rythme des institutions culturelles, mais aussi tisser des liens entre passion personnelle et expertise professionnelle.




